mercredi 15 octobre 2008

Wilk / Pamiatki II


Kazimierz - souvenirs antérieurs de quelques rêves vécus

J'ai croisé la porte murée du Théâtre Magique. Ulica Jakuba (ou Jozefa - j'ai déjà oublié à force de le savoir). Un mur infranchissable. Mon Loup hurlait. Sans objet. Et moi. La hasard était monstrueux et pourtant si évident. C'était si simple de retrouver au coeur de la Petite Pologne la photographie exacte, l'image rêvée d'une Allemagne perdue. Une bonne fois pour toute, les frontières sont tombées. Réel - perception - fiction. Les vapeurs oniriques du voyage alors même que je cognais mon passe-muraille contre le réel de la pierre. Steppenwolf, c'est Demain. Ici. Le retour éternel du mythe.

J'avais presque oublié le sens du mot wilk lorsque j'ai vu cette porte en appel que je ne voyais pas pour la première fois.

Et tout de suite, parler à ton absence, à ta cécité et à la lumière trop crue que tu laisses à mes nuits.

Parler seul et écouter l'écho de tes mots de plus en plus lointains.

Parler.

Ce n'est pas pour toi que je parlais, et voilà que tu t'impose à la faiblesse de mon oreille comme les soirs de nouvelle Lune.

Ce n'est pas pour toi que je parlais, je parlais à mon fils que j'inventais le long de la route comme le compagnon privilégié d'un amoricides. Je lui inventais quelques chansons sur ce chemin de soleil. L'est de demain, que je lui disais.

Et puis voilà que sur les pierres de Krakòw il n'y a plus que toi qui m'accompagnes alors que je marche pour lui.

C'est la faute à Wajda.

Pas prêt à accueillir un môme dans le coin de ma tête.

Et toi petite conne malheureuse, pas prête à ouvrir ta porte. Jeszcze raz.

[...]

Derrière le mur du Théâtre Magique, il y a un vieux cimetière juif.

Bien sûr.

Non-jeu.

[...]

La mémoire s'est brouillée

Quelques gouttes d'une pluie fine tombent en souvenir de ces noms yiddishs et polonais

La pierre les préserve

Bon an mal an

Bon gré mal gré

Et le vert sauvage courre sous mes pompes

Partout des fleurs et la mort

Smert

Smert

Smert

entrecroisées comme des veines en corolles sur les plaines de

Le thyrse d'Oświȩcim

La mémoire s'est brouillée

Des mots qui sonnent dans la langue de mon sang que mon oreille ignore

Une culture morte devant mes yeux

et quelques briques pour l'ériger en mausolée

La pendule s'est arrêtée si brusquement.

Et je n'étais pas né que déjà ma peau criait

La rage au ventre comme un liquide précieux

Pourtant je suis étranger sur le chemin du retour

Quel grand sommeil me ramènera avant les saisons ?

Quelle liqueur m'apprendra les prières d'autrefois ?

Quelle jeune fille de l'Est me prêtera sa langue pour cautériser mon corps ?

Je ne saigne plus

c'est vrai

Mais sur mon corps pullulent ces bribes confuses

qui sont ma vie d'avant

et mon appartenance

La mémoire s'est brouillée

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