Kazimierz - souvenirs antérieurs de quelques rêves vécus
J'ai croisé la porte murée du Théâtre Magique. Ulica Jakuba (ou Jozefa - j'ai déjà oublié à force de le savoir). Un mur infranchissable. Mon Loup hurlait. Sans objet. Et moi. La hasard était monstrueux et pourtant si évident. C'était si simple de retrouver au coeur de la Petite Pologne la photographie exacte, l'image rêvée d'une Allemagne perdue. Une bonne fois pour toute, les frontières sont tombées. Réel - perception - fiction. Les vapeurs oniriques du voyage alors même que je cognais mon passe-muraille contre le réel de la pierre. Steppenwolf, c'est Demain. Ici. Le retour éternel du mythe.
J'avais presque oublié le sens du mot wilk lorsque j'ai vu cette porte en appel que je ne voyais pas pour la première fois.
Et tout de suite, parler à ton absence, à ta cécité et à la lumière trop crue que tu laisses à mes nuits.
Parler seul et écouter l'écho de tes mots de plus en plus lointains.
Parler.
Ce n'est pas pour toi que je parlais, et voilà que tu t'impose à la faiblesse de mon oreille comme les soirs de nouvelle Lune.
Ce n'est pas pour toi que je parlais, je parlais à mon fils que j'inventais le long de la route comme le compagnon privilégié d'un amoricides. Je lui inventais quelques chansons sur ce chemin de soleil. L'est de demain, que je lui disais.
Et puis voilà que sur les pierres de Krakòw il n'y a plus que toi qui m'accompagnes alors que je marche pour lui.
C'est la faute à Wajda.
Pas prêt à accueillir un môme dans le coin de ma tête.
Et toi petite conne malheureuse, pas prête à ouvrir ta porte. Jeszcze raz.
[...]
Derrière le mur du Théâtre Magique, il y a un vieux cimetière juif.
Bien sûr.
Non-jeu.
[...]
La mémoire s'est brouillée
Quelques gouttes d'une pluie fine tombent en souvenir de ces noms yiddishs et polonais
La pierre les préserve
Bon an mal an
Bon gré mal gré
Et le vert sauvage courre sous mes pompes
Partout des fleurs et la mort
Smert
Smert
Smert
entrecroisées comme des veines en corolles sur les plaines de
Le thyrse d'Oświȩcim
La mémoire s'est brouillée
Des mots qui sonnent dans la langue de mon sang que mon oreille ignore
Une culture morte devant mes yeux
et quelques briques pour l'ériger en mausolée
La pendule s'est arrêtée si brusquement.
Et je n'étais pas né que déjà ma peau criait
La rage au ventre comme un liquide précieux
Pourtant je suis étranger sur le chemin du retour
Quel grand sommeil me ramènera avant les saisons ?
Quelle liqueur m'apprendra les prières d'autrefois ?
Quelle jeune fille de l'Est me prêtera sa langue pour cautériser mon corps ?
Je ne saigne plus
c'est vrai
Mais sur mon corps pullulent ces bribes confuses
qui sont ma vie d'avant
et mon appartenance
La mémoire s'est brouillée
J'ai croisé la porte murée du Théâtre Magique. Ulica Jakuba (ou Jozefa - j'ai déjà oublié à force de le savoir). Un mur infranchissable. Mon Loup hurlait. Sans objet. Et moi. La hasard était monstrueux et pourtant si évident. C'était si simple de retrouver au coeur de la Petite Pologne la photographie exacte, l'image rêvée d'une Allemagne perdue. Une bonne fois pour toute, les frontières sont tombées. Réel - perception - fiction. Les vapeurs oniriques du voyage alors même que je cognais mon passe-muraille contre le réel de la pierre. Steppenwolf, c'est Demain. Ici. Le retour éternel du mythe.
J'avais presque oublié le sens du mot wilk lorsque j'ai vu cette porte en appel que je ne voyais pas pour la première fois.
Et tout de suite, parler à ton absence, à ta cécité et à la lumière trop crue que tu laisses à mes nuits.
Parler seul et écouter l'écho de tes mots de plus en plus lointains.
Parler.
Ce n'est pas pour toi que je parlais, et voilà que tu t'impose à la faiblesse de mon oreille comme les soirs de nouvelle Lune.
Ce n'est pas pour toi que je parlais, je parlais à mon fils que j'inventais le long de la route comme le compagnon privilégié d'un amoricides. Je lui inventais quelques chansons sur ce chemin de soleil. L'est de demain, que je lui disais.
Et puis voilà que sur les pierres de Krakòw il n'y a plus que toi qui m'accompagnes alors que je marche pour lui.
C'est la faute à Wajda.
Pas prêt à accueillir un môme dans le coin de ma tête.
Et toi petite conne malheureuse, pas prête à ouvrir ta porte. Jeszcze raz.
[...]
Derrière le mur du Théâtre Magique, il y a un vieux cimetière juif.
Bien sûr.
Non-jeu.
[...]
La mémoire s'est brouillée
Quelques gouttes d'une pluie fine tombent en souvenir de ces noms yiddishs et polonais
La pierre les préserve
Bon an mal an
Bon gré mal gré
Et le vert sauvage courre sous mes pompes
Partout des fleurs et la mort
Smert
Smert
Smert
entrecroisées comme des veines en corolles sur les plaines de
Le thyrse d'Oświȩcim
La mémoire s'est brouillée
Des mots qui sonnent dans la langue de mon sang que mon oreille ignore
Une culture morte devant mes yeux
et quelques briques pour l'ériger en mausolée
La pendule s'est arrêtée si brusquement.
Et je n'étais pas né que déjà ma peau criait
La rage au ventre comme un liquide précieux
Pourtant je suis étranger sur le chemin du retour
Quel grand sommeil me ramènera avant les saisons ?
Quelle liqueur m'apprendra les prières d'autrefois ?
Quelle jeune fille de l'Est me prêtera sa langue pour cautériser mon corps ?
Je ne saigne plus
c'est vrai
Mais sur mon corps pullulent ces bribes confuses
qui sont ma vie d'avant
et mon appartenance
La mémoire s'est brouillée

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